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La Cause prend son temps
Pas de précipitation chers amis, nous avons le temps. Le temps pour faire quoi ? Le temps pour prendre notre temps. Cette révélation – que dis-je ? – cette fulgurance ne m’est pas apparue comme cela sur ordre divin, ni par la lecture complète des œuvres de François Mitterrand – à moins que ce ne fut lui – mais par ma rencontre avec un vieillard cacochyme et souffreteux, l’autre jour, alors que j’allais effectuer la demande d’agrément pour que la Cause puisse s’affilier à la Fédération Française de Scrabble. Non pas que nous jouions particulièrement souvent au Scrabble, mais plutôt que le bureau des Eminences de la Cause, composé, je le rappelle, de moi-même, Grand Maître de la Cause et de même-moi, Président Honoraire de la Cause, a estimé, en séance plénière, que cela parerait notre Association d’une touche supplémentaire de sérieux et de rigueur. Je parle bien d’une touche supplémentaire de sérieux et de rigueur, car en la matière, vous savez bien que la Cause a plus d’une touche.
Et il se trouve que, chemin faisant, je me suis retrouvé à faire la course avec ce pauvre vieillard malingre, qui tenait à peine debout malgré son déambulateur, et que j’ai dépassé avec une facilité déconcertante dans un geste d’esquive digne d’un déhanché de torero. Pas peu fier de ma performance, je lance alors avec un brin de mesquinerie à ce vieux rabougri « Alors Papy, on se traine ? », me vautrant ainsi de manière éhontée dans la fange de la gérontophobie ambiante. Pas décontenancé pour un sou, le vieux me rétorque alors sur un ton sentencieux « Vous savez jeune homme [oui, oui, vous avez bien vu, malgré le poids de mes responsabilités et l’archaïsme apparent de nos combats, je préserve une allure fringante de jeune homme qui ne trompe pas même le plus myope des vétérans], plus je me rapproche de l’éternité, plus je prends mon temps ».
Ça par exemple ! Moi qui croyais avoir affaire à un valétudinaire sans défense, je venais en réalité de croiser le détenteur de la vérité universelle, celui qui savait le sens du monde. Ni Dieu ni Grand Maître, mais quelque-chose d’approchant. En m’excusant platement auprès de ce sage de l’avoir importuné, je repartis, convaincu en mon for intérieur que ce brave homme, ce héros, ce héraut, avait bien des choses à nous apprendre des grandes questions, de la vie, de la mort, de l’amour, des smileys.
». La Cause ne cèdera pas à cette ambiance fausse et dissimulatrice. Nous, nous disons les choses, et nous disons que le smiley, franchement, pour nous laisser aller à un peu d’argot populaire, c’est hideux, et ce n’est absolument pas nécessaire.