La Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale

Ici, pas de smileys, pas de lol ni de points d’exclamation successifs, mais de l’élégance, du bon goût et de la correction pour s’exprimer. Et un rude combat à mener contre la déferlante de la vulgarité. Rejoignez-nous!

 

Les bonnes résolutions du Grand Maître de la Cause

Vous tous qui êtes en train de préparer le réveillon du Nouvel An, qui vous agglutinez dans les allées froides et suréclairées des supermarchés, qui cherchez votre service de mariage pour bien accueillir vos convives, qui descendez à la cave pour retrouver la boite à confettis et à cotillons, vous n’imaginez pas à quel point je vous plains.

Je ne vous plains pas en raison de votre participation à ces festivités de fin d’année, car moi aussi je suis un homme comme un autre, malgré mes apparences d’exception, j’ai des amis et je vais devoir passer une soirée morbide en leur compagnie, car le réveillon est toujours une soirée pénible. Un couple d’amis se dispute et il faut consoler l’un et l’autre en donnant à chacun l’assurance qu’on est de son côté; un type qui se retrouve là car c’est l’ami de l’amie d’un ami ne cesse de boire et vous vous retrouvez à 23h à le passer sous la douche ou à essuyer ses déjections orales dans les toilettes; à minuit, tout le monde explose de joie puis, une minute plus tard, fait le point sur sa vie, et déprime; à une heure du mat’, les derniers vaillants font comme si de rien n’était et continuent de se trémousser sur une pauvre musique des années 80 avant de tomber, raide de fatigue, un quart d’heure plus tard, parce que c’est pas tout ça, mais demain, y en a qui bossent.

Tout cela, à une bulle de champagne près, vous l’avez vécu, vous le vivrez à nouveau, et moi non plus, je n’y couperai pas. Ce n’est donc pas de cela que je vous plaindrais ici, nous sommes tous dans la même barque et je préfère encore m’apitoyer sur mon propre sort. En revanche, ce dont je vous plains grandement, c’est de la rituelle question à laquelle vous devrez obligatoirement faire face sur les coups de minuit : « Alors, quelle est ta bonne résolution pour l’année à venir ? »

Et plus que d’avoir à l’entendre, ce dont on se passerait bien, je vous l’accorde, c’est d’avoir à y répondre qui est chaque année tout aussi pénible. Lorsqu’on va souhaiter la bonne année à sa Mémé et qu’elle nous demande, la voix tremblotante « Alors mon petit, quelle résolution as-tu prise pour l’année qui arrive ? », on rapproche son tabouret de son rocking-chair, on va chercher sa main ridée et osseuse sous son plaid de laine et on la lui serre chaudement en la regardant d’un air attendri et décidé, mais, intérieurement, on se dit « Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? ».

Si on est fumeur, l’affaire est plus simple. Il suffit de reprendre la même résolution que l’année précédente : arrêter de fumer. Si on est enrobé et qu’on se trouve un peu gros, la chose n’est pas plus compliquée : dans le cas où l’année dernière vous aviez juré de vous mettre au sport, annoncez fièrement que cette année, vous allez faire un régime, et si vous aviez promis de faire un régime, clamez en sautillant que cette année, vous avez décidé de bouger vos muscles.

Si vous êtes fumeur et que vous réussissez enfin à tenir votre résolution annuelle, alors vous pourrez promettre l’année suivante de perdre du poids par un régime, puis, l’année d’après, par votre inscription à la salle de sport de votre quartier. C’est ce qu’on appelle un programme trisannuel de résolutions, et cela permet de s’éviter l’angoisse du moment fatidique, le 31 décembre à 23h59, quand vous voyez l’inévitable question vous foncer dessus.

Car lorsque l’on ne s’y est pas préparé, cet instant s’avère être un véritable supplice, comme un point d’orgue dans une soirée de cauchemar. Alors, dans la précipitation, on se voit bafouiller des phrases incompréhensibles et débiter à tout-va des serments que l’on sait ne pas pouvoir tenir. Promettre à sa femme de passer plus de temps en famille. Promettre à son patron d’être plus régulier au boulot. Promettre à son ami de lui rendre plus souvent visite. Alors que dans le fond, on sait très bien qu’on ne changera en rien nos habitudes qui nous conviennent à merveille.

Mais, finalement, de quoi vous plains-je si j’ai à vivre le même calvaire que vous ? Eh bien je compatis à votre peine d’avoir à répondre à cette sempiternelle question en plus d’avoir à l’écouter. Pour ma part, je suis certes contraint, comme vous tous, d’en supporter le son, mais je suis en revanche dispensé d’y apporter une réponse.

En effet, qu’est-ce qu’une résolution ? Telle est la question qu’il faut se poser. Et à celle-ci, je veux bien répondre. Une résolution, tout simplement, est un engagement à s’améliorer sur certains points. C’est une promesse que l’on fait de devenir meilleur, ou moins mauvais. Je parle bien sûr ici des résolutions du nouvel an, des « bonnes résolutions ». Car il existe d’autres résolutions qui ne correspondent pas à cette définition. Les résolutions de l’ONU, par exemple. Cela fait un demi-siècle qu’elle nous en pond tous les jours, et le monde n’est pas meilleur pour autant. Comme quoi, ces histoires de résolutions, ça reste une question de point de vue.

Partant de cette définition, ne soyons pas chiches et posons-nous une autre question : peut-on améliorer ce qui est déjà parfait ? La réponse, bien évidemment, est non. Ce qui est parfait, c’est ce qu’il y a de meilleur. Et si vous savez comment rendre meilleur ce qu’il y a de meilleur, c’est que vous êtes un escroc.

De ce postulat découle l’attitude qui est la mienne de ne jamais prendre de bonnes résolutions. Considérant que je suis la perfection incarnée, que la Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale que je dirige d’une main de Grand Maître est une des plus belles choses qui soient arrivées à la Terre depuis l’invention de l’écriture, j’ai donc pris pour résolution de ne plus en prendre.

Voilà pourquoi je vous plains en cette fin d’année, vous tous, êtres humains perfectibles condamnés à vous améliorer quand moi, être humain perfectionné, je suis libre de répondre à l’habituelle question par un regard sévère qui fera immédiatement se corriger celui qui me la posera par un « Oups ! Je ne vous avais pas bien regardé. Pardonnez-moi. Cette boite de chocolat devrait vous aider à m’absoudre de mon erreur. »

Et vu que je peux manger comme quatre sans prendre un gramme, ça ne me conduira même pas à prendre une bonne résolution pour l’année prochaine.

Dans : Les aventures du Grand Maître de la Cause
Par Le Grand Maître de la Cause
Le 29 décembre, 2010
A 21:07
Commentaires : 0
 

Répondre

 
 

Aux petites mains. |
sabou28 |
PLAYERS |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | quad montbrisonnais
| Troupe de théâtre amateur H...
| une vie de bouille...