La Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale

Ici, pas de smileys, pas de lol ni de points d’exclamation successifs, mais de l’élégance, du bon goût et de la correction pour s’exprimer. Et un rude combat à mener contre la déferlante de la vulgarité. Rejoignez-nous!

 

Juste un mot

Sous sa robe rouge purpurine bordée d’hermine, le Grand Maître de la Cause souhaite aujourd’hui s’ériger en protecteur et défenseur de la justice et de la justesse. Dans un raclement de gorge, il hausse donc le ton de sa voix rocailleuse, et dans un effet de manche magistral, il suspend l’auditoire à ses lèvres, pour dire que quand même, ça suffit.

Cela fait maintenant plus de cinq ans qu’il observe avec inquiétude la propagation d’une nouvelle manie langagière parfaitement horripilante, et qu’il convient donc de démonter en pièces, car il n’est pas trop tard pour remettre la France dans le droit chemin. Cette nouvelle mode, consubstantielle à l’ambiance jeunisante, et non mois exaspérante, de notre société, mérite en effet d’être éradiquée une bonne fois pour toute.

Je veux parler bien sûr de cette habitude énervante qu’ont désormais la plupart des invités récurrents de divers médias d’utiliser le mot « juste » à toutes les sauces. « C’est juste incroyable ! » s’exclame Benjamin Castaldi, « C’est juste énorme ! » se réjouit Nagui, « C’est juste scandaleux ! » s’insurge Cécile Duflot, « C’est juste juste. » assène le juge Van Ruymbeke. Au-delà de leur inélégance crasse, quel est le point commun entre tous ces sinistres individus ? Je vous aide : ce n’est pas le port de la moustache. La réponse est un âge gravitant autour de la quarantaine, donc l’impression de vieillir inexorablement et de ne plus aussi bien tenir l’alcool, et, pour la contrebalancer, la volonté ferme et résolue de paraitre jeune en employant un vocable supposé appartenir à la jeunesse. Pathétique.

Mais pour lutter efficacement contre ce tic verbal, il convient d’en connaitre les origines. Autorisons-nous donc un rapide retour en arrière, et venons-en aux origines du « juste ». Rappelez-vous de la Star Academy. Vous ne regardiez pas cette émission insipide ? C’est tout à votre honneur et cela tombe bien car moi non plus. Mais j’ai une copine qui m’a raconté…

Bon, d’accord, je l’avoue, je regardais et j’ai voté pour Patxi lors de la saison 3 parce qu’il était trop craquant. Je suis dégouté qu’il ait pas gagné. Bref. Le plus irritant dans cette émission – mise à part la défaite de mon idole en demi-finale face à l’insupportable Michal, qui a eu par la suite l’immense carrière que l’on sait, ou que l’on ne sait pas, cela n’a aucune importance – c’était cette manière qu’avait Nikos Aliagas, à chaque diffusion, de ponctuer ses lancements par la formule « C’est que du bonheur ! ». Jenifer avec Johnny ? « Que du bonheur ! » Nolwenn avec Patrick Bruel ? « Que du bonheur ! » Mickels avec Liane Foly ? Personne ne s’en souvient, mais certainement « Que du bonheur ! »

L’expression « Que du bonheur ! » a donc eu son heure de gloire lors des années Star Ac’, et, par un étonnant phénomène de mimétisme, tout le monde la reprenait à son aise. « C’est que du scandale ! » s’écriait Daniel Cohn-Bendit, « C’est que du génial ! » s’esclaffait Patrick Sébastien, « C’est que de la justice. » se marrait le juge Halphen.

Mais, une fois le télé-crochet tombé en désuétude, l’aphorisme « Que du bonheur ! » le fut également, et les quadras pimpants horrifiés de devenir séniles ont vite cherché une expression de substitution pour préserver leur allure juvénile. Ainsi est apparue la locution « juste », dont la première forme a été décelée en septembre 2007, lors de la soirée inaugurale de la nouvelle saison de Star Academy dans la bouche de Nikos Aliagas, qui a donc assuré lui-même la transition d’une époque à une autre, avec sa désormais célèbre formule « C’est juste du bonheur ! ». [Précisons que ce bref rappel historique s’appuie sur l’ouvrage-référence en la matière publié en mai 2009 par Alain Minc en collaboration avec Jean-Claude Elfassi : « Jenifer a-t-elle couché avec PPDA ? » aux Presses Universitaires de France, pages 156 et suivantes.]

Au-delà de ce douloureux héritage et de l’agaçant ton hautain accompagné de lèvres pincées sur lequel est inévitablement prononcée cette expression, celle-ci est condamnable du simple fait qu’elle se donne des airs simplificateurs là où elle cherche en fait à duper, à tromper, à manipuler.

Prenez par exemple Nagui, qui nous dit « C’est juste énorme ! ». Quel message cherche-t-il à faire passer ? Il veut tout simplement nous informer que la blague qu’il vient d’entendre, ou – pire – de raconter, est énorme. Mais, en réalité, cette blague est-elle seulement énorme ? Ou est-elle également autre chose ? Il y a fort à parier qu’elle soit aussi sensationnelle, géniale, excellente, et non pas « juste » énorme. Sans compter que les blagues de Nagui ne sont généralement pas drôles du tout, et qu’en l’occurrence, il n’est vraiment pas juste de la qualifier de « juste énorme ! ».

De même, Cécile Duflot, que je ne présente pas, non pas parce que tout le monde la connait, je n’en sais rien, mais parce que je n’ai pas envie de gaspiller mon énergie à cela – et je suis sûr qu’elle sera ravie que j’économise mon énergie – fustigera facilement telle pratique politique qu’elle jugera « juste scandaleuse ! », alors qu’elle n’est pas uniquement scandaleuse, mais aussi révoltante et immonde, et surtout, elle aurait été mieux inspirée – quitte à être inélégant, autant être précis – de la désigner comme « juste injuste ! ».

Sur l’autel de la justesse et de la justice, je condamne donc fermement l’expression « C’est juste », qui, à mon sens, n’est ni juste, ni juste. On se comprend. Il s’agit donc maintenant d’œuvrer à son éradication totale de notre espace auditif. Pour cela, j’invite tous les jeunes à ne plus employer cette locution galvaudée et absurde, vous valez mieux que ça mes petits, et j’invite tous les vieux à cesser ce psittacisme ridicule. D’autant plus que grâce à moi, les jeunes n’emploient plus cette expression. Or il serait parfaitement stupide de vouloir passer pour jeune en utilisant une formule que les jeunes n’emploient pas. Croyez-moi, une crème antirides s’avèrera plus efficace.

Les amis, jeunes, moins jeunes, faux jeunes, anciens jeunes, nous avons fait du bon travail aujourd’hui. La langue française devrait nous en être reconnaissante. D’ici à la prochaine séance, il me semble que nous pouvons dormir du sommeil du juste.

Dans : Argumentaires de la Cause,Ils abîment la langue
Par Le Grand Maître de la Cause
Le 23 décembre, 2010
A 16:18
Commentaires : 2
 

2 Commentaires

  1.  
    franck77
    franck77 écrit:

    Salutations Distinguées Ô Grand Maître qui me Cause.
    .
    Je trouve ton articulet très juste. Enfin, c’est juste mon avis.
    .
    Je te présente, Ô Grand Maître à Qui j’ai causé les restes de mon profond respect de l’autre fois que je n’ai pas pu faire réchauffer pour cause de place prise par une dinde juste énorme dans le four de ma considération.

  2.  
    godard
    godard écrit:

    Bonjour
    très drôle votre site
    d’où viendrait la dérive des mots s’ ils n’avaient le sens du voyage et d’un tantinet de liberté….
    Juste :pour précisément
    le sens indirect du mot employé de façon première
    c’est ce qui est passionnant au final
    si je vous dis « fleur bleue  » peut être pensez vous romantique
    et si moi je pensais bleuet ..c’est toute la subtilité de l’évolution de la langue et de l’esprit humain
    Tout comme vous j’aime les mots mais je reconnais leurs laisser une baroque liberté !

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