La Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale

Ici, pas de smileys, pas de lol ni de points d’exclamation successifs, mais de l’élégance, du bon goût et de la correction pour s’exprimer. Et un rude combat à mener contre la déferlante de la vulgarité. Rejoignez-nous!

 

Non, ça ne va pas !

Par ce titre tonitruant, je souhaite aujourd’hui pousser un violent coup de gueule. Vous pourrez m’opposer, à juste raison, que des coups de gueule, j’en ai déjà passé un certain nombre sur ce blog, et que ce n’est pas pour autant que j’ai donné à mes articles des titres aussi secs et provocateurs qui réveillent tout le monde et dérangent la voisine. Mais là, vraiment, je vous l’assure, il faut taper du poing sur la table, et en briser le bois. Si d’aventure il s’agit d’une table en bois, cela va de soi. Si c’est une table en marbre que vous avez devant vous, vous pouvez bien sûr taper dessus, mais je vous déconseille alors fortement de tenter de la casser. Vous risqueriez de vous faire mal.

En effet, il me semble urgent de revenir sur un phénomène de société qui se développe massivement parmi la population et notamment, comme vous pouvez vous en douter, parmi sa frange la plus jeune, la plus adolescente, la plus boutonneuse et la plus fan de Lady Gaga, qui est généralement, pour notre plus grand malheur, tout cela à la fois. J’observe la propagation de cette nouvelle innovation orthographique depuis un certain temps, une douzaine d’années environ, onze ans et demi plutôt, oh et puis ne soyons pas chiches, disons-le franchement, cela fait onze ans, cinq mois, deux semaines, quatre jours, quinze heures et seize minutes que j’en suis attentivement les évolutions, et c’est peu dire qu’elles m’inquiètent autant qu’elles me répugnent, d’où ma promptitude à réagir.

Vous êtes certes tous des personnes de bon goût, mais il n’a pas pu vous échapper que depuis ces onze ans dont je parle, nos congénères, que nous pouvons également appeler « les gens », se promènent souvent avec à la main un téléphone portable. Ce téléphone, grâce aux petits messages écrits qu’il permet d’envoyer, a été le vecteur d’apparition d’un nouveau type de langage, tenant compte de l’espace restreint pour s’exprimer qu’il laissait aux gens. Ce langage, le langage texto, a ainsi été le terreau de toutes les déviances rédactionnelles que nous combattons aujourd’hui corps et âme. Bien sûr, pour plus de rigueur scientifique, nous aurions pu vous dater tout cela, mais c’eût été long et laborieux, et, sauf votre respect, nous avons quand même une langue à sauver du naufrage. Excusez du peu. Fin, donc, de cette brève mais néanmoins nécessaire parenthèse historique.

Le langage texto, comme je le disais, a suscité une profusion de nouvelles orthographes pour des mots qui en avaient pourtant déjà une qui leur convenait à merveille, et c’est là toute la triste histoire du cas qui nous préoccupe aujourd’hui.

En général, les gens sont polis et courtois entre eux et, pour prouver qu’ils le sont, lors des habituels échanges d’amabilités préliminaires à une conversation plus poussée, ils demandent à leur vis-à-vis s’il se sent bien, s’il va bien. Je parle bien ici des gens, et pas des hommes civilisés, tels que, par exemple et au hasard, les membres de la Cause, qui se fichent éperdument de savoir comment va leur interlocuteur, pourvu qu’il y aille. En revanche, les gens, totalement désinhibés, entrent ainsi dans l’intimité des autres en leur demandant comment ils vont. Pour ce faire, ils emploient des formules du genre « Comment vas-tu-yau d’poële ? », ce à quoi on leur répond logiquement « Bien, et toi-l’à matelas ? ». Et on se paye une bonne tranche de rigolade.

Des individus plus timides, quant à eux, se limiteront à un « Ça va ? » simple et, disons-le, creux, auquel on répond immanquablement par un « Oui, et toi ? », tout aussi simple et non moins creux – comme quoi les gens sont faits pour vivre ensemble – sans même attendre de réponse en retour. En effet, on ne répond jamais « Non, et toi ? » à la question « Ça va ? ». Cela fait partie des choses qui ne se font pas car la personne qui pose la question, mais n’écoute pas la réponse, n’en a strictement rien à foutre de savoir si vous allez bien ou pas. Elle se rapproche en cela de l’homme de bon goût, à la différence près que l’homme de bon goût ne fait pas croire que cela l’intéresse, ce qui est finalement plus correct, vous en conviendrez.

Pourtant, mais ce n’est pas une surprise, le langage texto a repris ce rituel stupide du « Ça va ? », en y introduisant en sus sa touche personnelle, à savoir une orthographe approximative. C’est ainsi que le « Ça va ? » est devenu « sava ? ». Bien entendu, à l’oral, un « Ça va ? » et un « sava ? » auront la même allure patibulaire. Mais à l’écrit, dans un texto, le « Ça va ? » passera pour attentionné et donc incongru là où le « sava ? » reprendra le flambeau je-m’en-foutiste de son ancêtre des temps immémoriaux où les forfaits bloqués n’existaient pas encore.

Que les gens se parlent par texto sur le même ton indifférent qu’ils employaient avant leur invention, cela ne nous choque pas, je dirais même plus, cela ne nous regarde pas. En revanche, la Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale, que je dirige avec prestance et exigence, se sent très concernée par les implications orthographiques plus globales de ce nouveau vocable.

Car, fiers de leur réussite, les utilisateurs du langage texto ont progressivement et rapidement étendu leur innovation linguistique à notre belle langue dans son ensemble, et remplacé toutes les occurrences « ça » par de vulgaire « sa », qui, certes, sont possessifs, mais ce n’est pas une raison pour s’approprier toute la langue française. C’est ainsi que l’on voit fleurir partout autour de nous des phrases étonnantes telles que « sa tombe bien », « sa roule », « sa claque ! » et même, car ces Sapajous n’ont aucune limite, « sa déchire grav !!! ».

Pourquoi tant d’acharnement contre la langue française ? Le smiley et le « lol » ne leur suffisaient pas ? Pourquoi condamner de la sorte le « ç » (prononcer « cécédille ») à la disparition ? Autant de mystérieuses questions auxquelles je suis bien incapable de répondre.

Par contre, si vous me demandez, que cela vous intéresse ou non, « Ça va ? » alors, comme annoncé au tout début de mon propos, je vous hurlerais dessus, en postillonnant, « Non, ça ne va pas ! ».

Dans : Argumentaires de la Cause,Contre le langage texto
Par Le Grand Maître de la Cause
Le 23 novembre, 2010
A 23:03
Commentaires : 3
 

3 Commentaires

  1.  
    michelehardenne
    michelehardenne écrit:

    je ne suis plus adolescente, physiquement, il y a des constations qui font mal mais sont nécessaires, et j’avoue avoir un gsm et ne pas savoir m’en servir, du moins en ce qui concerne la réponse aux messages écrits.
    Cà prend trop de temps et je n’ai pas une grande dextérité manuelle que pour utiliser les minuscules touches, alors je réponds aux « texto » en rappelant mon correspondant, ce qui est malheureusement fort onéreux, je suis un peu bavarde.
    Je fais partie de ces gens qui utilisent le téléphone pour communiquer verbalement, uniquement.

    Dernière publication sur MICHELE HARDENNE : Plume de nacre

  2.  
    fireconsulting
    fireconsulting écrit:

    Hello,
    Comment vas-tu-yau d’poële ? », ce à quoi on leur répond logiquement « Bien, et toi-l’à matelas ? ». y’a aussi « ça vate au pied »…
    Que le Grand Maître de la Cause me pardonne….
    Toujours excellent Ceb.
    Bruno

    Dernière publication sur FIRE-CONSULTING : Monoxyde de carbone, attention danger

  3.  
    Le Grand Maître de la Cause
    Le Grand Maître de la Cause écrit:

    Bonjour Michèle et Bonjour Bruno, puisque la galanterie m’oblige à procéder dans cet ordre-là.
    Michèle, l’anecdote que tu nous racontes te rapproche encore un peu plus, si certains en doutaient encore, de l’excellence des membres de la Cause (je précise qu’on pouvait encore douter de ton excellence, pas de celle des membres de la Cause).
    La meilleure manière de lutter contre le langage texto est effectivement assurément de ne pas se servir de la fonction « message écrit » de son téléphone cellulaire. Introduire un véritable contact vocal et sonore avec son interlocuteur est bien plus distingué et correct à nos yeux. Un tel comportement est la marque de fabrique des hommes de bon goût.
    Ceux qui, comme moi, attachent vraiment beaucoup d’importance à l’instauration d’une relation privilégiée et personnelle répondent même aux textos qu’ils reçoivent en se rendant directement au domicile de leur correspondant.
    « Dans ces conditions, à quoi sert d’avoir inventé le téléphone? » me demanderez-vous, et je vous répondrai que c’est une excellente question, puisque je me la pose moi-même.
    Bien sûr, un tel investissement dans la relation nous coûte du temps et de l’énergie. Mais ce n’est pas grand-chose en comparaison du bonheur que nous introduisons dans les chaumières en prodiguant de réelles bises plutôt que de vulgaires « bizous » et en répondant de vive voix à la sempiternelle question « Ça va ? ». Car croyez-moi, les gens préfèrent s’entendre répondre directement « Ça va t’au pied » ou « Bien et toi l’à matelas ? » plutôt qu’un insignifiant « ouai lol ».
    Le Grand Maître de la Cause, qui interrompt la communication.

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