La Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale

Ici, pas de smileys, pas de lol ni de points d’exclamation successifs, mais de l’élégance, du bon goût et de la correction pour s’exprimer. Et un rude combat à mener contre la déferlante de la vulgarité. Rejoignez-nous!

 

Osons dire non à la ponctuation multiple

Il serait facile de réduire le travail phénoménal que nous abattons au sein de la Cause pour l’Elégance, le Bon Goût et la Correction Orthographique, Lexicale et Grammaticale à une sorte de lubie passagère, voire de trouble obsessionnel compulsif, qui expliquerait de manière réductrice notre intransigeance, et qui sous-entendrait que finalement, tout cela n’est pas aussi fondamental que nous voulons bien le dire.

Pourtant, le mauvais goût continue son travail de sape, et nous ne devons qu’à notre vigilance exacerbée la tenue relativement correcte de quelques derniers bastions, dont le nôtre, du raffinement de l’expression écrite. Et c’est grâce à notre concentration extrême et notre attention de tous les instants, que nous avons vu très récemment la vulgarité étendre son emprise à des territoires qu’elle délaissait jusqu’alors. A notre grande surprise, c’est effectivement dans les pages du dernier numéro de « Siné Hebdo » (qui n’est pas seulement le dernier numéro publié, comme on dirait « la dernière fois », alors qu’il y a encore plein d’autres fois à venir, mais qui est bel et bien le dernier numéro de cet hebdomadaire qui soit sorti, avant de mettre la clé sous la porte) que nous avons pu constater que l’indélicatesse grammaticale avait encore fait des siennes. Je précise, pour balayer d’un revers de main toute éventuelle accusation de prise de position politique, que nous nous efforcerons, la prochaine fois, de pointer les fautes de goût du Figaro Magazine, qui doit très certainement en commettre également, et comme ça, tout le monde sera quitte.

Effectivement, dans cet ultime numéro, où tout le monde se lamentait de la fin programmée de ce journal, nous avons été stupéfaits de découvrir, en page 2, un courrier de lecteur qui, pour cadrer avec l’ambiance générale, se lamentait. Et il disait en substance la chose suivante : « Mais pourquoi arrêter Siné Hebdo ??? C’est trop injuste !!! », les triples points d’interrogation et d’exclamation sont certifiés authentiques. Pour notre part, nous nous sommes dit que si c’était pour faire subir à la langue de telles meurtrissures, ce n’était pas si injuste que cela.

Je dois vous avouer que face à un tel irrespect des règles élémentaires de grammaire, j’ai beaucoup de mal à garder mon calme. Quel dictionnaire, quel manuel de conjugaison, quel précis de construction grammaticale fait état de la possibilité linguistique d’apposer successivement à la fin d’une phrase plusieurs signes de ponctuation ? Je vous le dit, car j’ai vérifié : aucun.

D’une part il n’est donc pas correct d’utiliser ce genre de construction, mais d’autre part, et c’est encore plus grave, ce n’est pas élégant, ni distingué. C’est grossier, c’est vulgaire, et c’est inutile. Surtout, c’est dangereux pour la langue, et pour la nuance qu’elle permet d’introduire dans l’expression de sa pensée.

Ainsi, notre brave lecteur aurait parfaitement pu se contenter d’écrire « Mais pourquoi arrêter Siné Hebdo ? C’est trop injuste ! ». S’il voulait renforcer son étonnement ou sa colère, plutôt que de se soustraire à la loi et d’en plus verser dans l’inélégance la plus triviale, il pouvait agrémenter son interrogation d’un « diantre » tout ce qu’il y a de plus raffiné, et son exclamation d’un « bigrement » de bon aloi : « Mais diantre, pourquoi arrêter Siné Hebdo ? C’est bigrement trop injuste ! ». Ce n’est quand même pas bien compliqué de s’exprimer correctement, et grâce à cet exemple, on voit que c’est à la portée de tout le monde.

Mais là où il me semble nécessaire d’insister lourdement, c’est sur le danger grandissant que font courir à la langue ces tournures ponctuatives que sont le triple point d’exclamation et le triple point d’interrogation. Car la ponctuation, finalement, c’est comme les salaires de footballeurs : de l’excès, de la démesure, naissent la perte de repère et la confusion.

Aujourd’hui, nous remarquons, et nous déplorons, que tout semble requérir trois points d’exclamation. J’ai eu peur quand j’ai réalisé mon baptême de saut à parachute ? Trois points d’exclamation. J’ai assisté au tout dernier concert de Amy Winehouse au cours duquel elle s’est effondrée en plein milieu d’une chanson, soudainement assommée par un coma éthylique? Trois points d’exclamation aussi. Les réacteurs de l’avion dans lequel je voyageais se sont tous arrêtés en même temps et le pilote a été contraint d’amerrir par temps d’orage dans l’océan Atlantique déchaîné ? Trois points d’exclamation encore, pour autant d’émotions somme toute relativement communes.

Mais ce que nous dénonçons par-dessus tout, c’est le glissement qu’a entrainé dans le langage courant l’utilisation excessive du point d’exclamation. Ainsi, du temps où il n’était pas jugé déplacé ou surprenant de s’exprimer avec un minimum de raffinement, et où un seul point d’exclamation suffisait à marquer son étonnement, sa surprise ou son engouement, on disait volontiers « Aujourd’hui j’ai sauté pour la première fois en parachute ! » et « Aujourd’hui, j’ai sorti le chien. ». De nos jours, où il est de bon ton de tout exagérer, ce qui n’enlève en rien au mauvais goût dont sont emprunts ces habitudes lexicales, on dira plutôt « Aujourd’hui j’ai sauté pour la première fois en parachute !!! » et « Aujourd’hui, j’ai sorti le chien ! ». Pourtant, il n’y a rien d’excitant, rien d’amusant, rien de folichon à sortir un chien. Sortir le chien, de tous temps, ça a toujours été une corvée. Pourquoi donc faudrait-il s’exclamer que l’on a sorti le chien ? C’est la question que nous posons, avec force, mais sans néanmoins l’accompagner de multiples points d’interrogation. Car nous avons encore le sens de la distinction et de la mesure.

Nous, à la Cause, sortir le chien, ça nous emmerde profondément. On n’aime pas ça, et d’ailleurs, cela explique en grande partie que nous n’ayons pas de chien. Mais si on en avait un, ce serait notre Porteur de café qui s’occuperait de le sortir. Et ça ne l’amuserait pas. Et il ne s’exclamerait pas.

Par respect pour tous ceux qui doivent sortir le chien, n’abusons donc pas des points d’exclamation.

Pour eux, je vous remercie.

Dans : Argumentaires de la Cause,Soignons la ponctuation
Par Le Grand Maître de la Cause
Le 3 mai, 2010
A 15:36
Commentaires : 2
 

2 Commentaires

  1.  
    mariobergeron
    mariobergeron écrit:

    Je crois qu’au point de vue grammatical, les multiples points d’interrogation et d’exclamations n’existent pas.

  2.  
    FOXIE
    FOXIE écrit:

    Si l’internet favorise la connaissance et une certaine forme de relationnel, il montre aussi les lacunes de bon nombre de personnes en ce qui concerne l’orthographe, la grammaire, la ponctuation…

    On peut voir ainsi des personnes qui suppriment l’espace derrière une virgule, (ou qui mettent l’espace avant, en collant la virgule au mot suivant), qui mettent un espace avant les points de suspension, qui multiplient ces points de suspension à l’infini (alors que trois suffisent)… on peut voir aussi des mélanges forts curieux de points d’exclamation, de points d’interrogation, de points de suspension !

    Non, Messieurs-dames, les point d’interrogation se suffit à lui-même, point n’est besoin de le doubler, de le tripler, voire de le décupler… il en est de même pour le point d’exclamation. C’est vraiment traiter bien mal notre belle langue française que de l’abimer de la sorte.

    Certains vous diront : Ah, mais si je fais ceci, c’est pour renforcer les sentiments exprimés ! Tiens donc… c’est sûrement pour cette raison que Shakespeare, Molière, Racine, et tant d’autres étaient de si piètres écrivains ! Ils ne connaissaient pas cette méthode révolutionnaire de ponctuation !

    Alors, si vous désirez que vos écrits gardent un tant soi peut de classe, et n’aient pas l’air d’avoir été crachés par un rappeur en mal de crack, de grâce, tenez-vous en au point d’exclamation ou au point d’interrogation unique ! Vos lecteurs vous en remercieront.

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